3366763399909077
recent
أخبار ساخنة

أصول العنف في تربية الأطفال

الخط



















C'est pour ton bien,
Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant

Alice Miller



Fiche de lecture




L’auteur

Alice Miller, née en 1929, fait ses études à Bâle où elle obtient en 1953 son doctorat de philosophie. Pendant vingt ans, elle exerce la profession de psychanalyste à Zurich mais l’abandonne en 1980 pour se consacrer à ses recherches sur l’enfance.

Elle a publié différents ouvrages sur les causes et conséquences des mauvais traitements infligés aux enfants, qu’elle estime être à la source de la destruction et de l’autodestruction se manifestant plus tard chez l’adulte, et reçoit en 1986 le prix Jamutz Korczack à New York.

C’est pour ton bien, Paris, Editions Aubier, traduit de l’allemand par Jeanne Etoré est l’adaptation française de Am Anfang war Erziehung, Francfort, 1983, qui est le second livre d’Alice Miller.

Bibliographie


            - Le drame de l’enfant doué.
Traduit de l’allemand par Bertrand Denzler.
Paris, Presses Universitaires de France, 1983.


            - C’est pour ton bien, racines de la violence dans l’éducation de l’enfant.
Traduit de l’allemand par Jeanne Etoré.
Paris, Ed. Aubier-Montaigne, 1984.


            - L’enfant sous terreur, l’ignorance de l’adulte et son prix.
Traduit de l’allemand par Jeanne Etoré.
Paris, Ed. Aubier-Montaigne, 1986.


            - Images d’une enfance.
Traduit de l’allemand par Jeanne Etoré.
Paris, Ed. Aubier-Montaigne, 1987.


            - La connaissance interdite, affronter les blessures de l’enfance dans la thérapie.             Traduit de l’allemand par Jeanne Etoré.
Paris, Ed. Aubier, 1990.


         - La souffrance muette de l’enfant, l’expression du refoulement dans l’art et la politique.                 Traduit de l’allemand par Jeanne Etoré.
Paris, Ed. Aubier, 1990.


            - Abattre le mur du silence, pour rejoindre l’enfant qui attend.
Traduit de l’allemand par Léa Marcou
Paris, Ed. Aubier, 1991.


            - L’avenir du drame de l’enfant doué, les options de l’adulte.
Traduit de l’allemand par Léa Marcou
Paris, Presses Universitaires de France, 1996.
Psychanalyse et psychiatrie de l’enfant, collection Le fil rouge.


Etude du livre

Comme dans son ouvrage précédent, Alice Miller s’attache ici au thème de l’éducation, qu’elle entend traiter d’un point de vue psychanalytique (conformément à sa compétence). Elle y dénonce en effet les dangers de l’éducation traditionnelle et ses conséquences dévastatrices tant au niveau de la personnalité de l’enfant qu’au niveau de la société.

L’ouvrage va donc consister en une démonstration de sa conception selon laquelle l’éducation peut mener au « meurtre du psychisme de l’enfant », qui conduira inévitablement, à l’âge adulte, à la reproduction de la violence subie durant l’enfance.

Ainsi, dans un premier temps, l’auteur se propose d’atteindre chez le lecteur adulte « l’enfant qu’il a été » afin de mieux le sensibiliser aux souffrances de la petite enfance,  à travers l’étude des principes pédagogiques reconnus et appliqués depuis le XIX° siècle, qu’elle appelle « pédagogie noire ».

Afin d’illustrer sa thèse, Alice Miller analyse ensuite plus particulièrement l’enfance d’une toxicomane (Christiane F.), d’un dirigeant politique (Adolf Hitler), et d’un infanticide (Jürgen Bartsch), qui ont tout trois été victimes de mauvais traitements durant l’enfance. A partir de ces exemples, elle va effectivement développer les diverses conséquences de la pédagogie noire, qui vont toutes dans le sens de la répétition.

Ces deux parties constituant l’essentiel de la démonstration de l’auteur, c’est le plan que je me propose de suivre dans cette étude du livre qui précédera une partie plus critique et personnelle.

I - L’éducation ou la persécution du vivant


Dans cette première partie, Alice Miller commence par resituer l’origine de son sujet de réflexion. En effet, c’est à partir de quelques cas de patients qu’elle a suivi dans le cadre de l’analyse, que l’auteur a pu construire, enrichir et vérifier sa conception quant à la nocivité de l’éducation et ses douloureuses conséquences.

Dans la mesure où l’éducation nous concerne tous au moins en tant qu’enfant et peut-être en tant que parent, et afin de pouvoir sensibiliser un plus large public, elle a donc entrepris la rédaction de cet ouvrage.

Très vite, l’auteur invite ainsi le lecteur à s’impliquer en tant que personne, en précisant bien qu’elle veut éviter le piège d’un discours moralisateur, en se gardant de dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire en matière d’éducation.

Avant d’aborder les principes de la pédagogie noire, Alice Miller précise qu’elle a emprunté ce terme à un ouvrage de Katharina Rutschsky[1], au travers duquel elle a pu repérer les caractéristiques de l’éducation vécue par ses patients en analyse.

Ainsi, selon l’auteur, la pédagogie noire recouvrerait tous ces principes d’éducation plus ou moins violents qui ont évolué au fil des siècles et qui sont aujourd’hui encore mis en œuvre.
Ces grands principes ont la particularité d’être appliqués au nom d’une certaine idéologie basée sur l’apprentissage de l’obéissance, de la dureté, etc…, en un mot, du bien. (Cf. Annexe 1).

« La mutilation, l’exploitation et la persécution physiques de l’enfant ont été supplantées par une cruauté psychique, que l’on peut en outre présenter sous la dénomination bienveillante et mystificatrice d’éducation », page 16.
Pour illustrer ce concept, elle s’appuie ici sur une série d’extraits de manuels d’éducation datant du milieu du XIX° siècle, et qui expliquent aux parents les conduites à suivre en matière d’éducation.
L’éducation étant ici définie comme étant le moyen de devenir « maître de l’enfant pour toujours », les différents principes présentés ont tous le même but : l’apprentissage de l’obéissance ; il semble en effet que ce soit toujours « l’entêtement, le caprice, l’esprit frondeur et la violence des sentiments de  l’enfance » qui aient posé le plus de problèmes à l’éducateur. 

J. Sulzer[2] insiste d’ailleurs à ce sujet sur le fait que les premières années de l’enfant présentent un intérêt majeur ; « Si l’on parvient alors à leur ôter la volonté, par la suite ils ne se souviendront jamais d’en avoir eu une, et l’intensité des moyens que l’on aura dû mettre en œuvre ne pourra donc pas avoir de conséquences néfastes. », page 26.        
Il s’agit donc ici à la fois de réduire l’enfant à un état de soumission totale, mais aussi de lui ôter toute forme de sentiment intérieur de sorte qu’il ne puisse jamais accéder à son histoire personnelle, à sa propre personnalité.

La répression des sentiments de l’enfant constitue pour Alice Miller le danger le plus important dans la construction du psychisme de l’enfant. En effet, en application de ce principe de la pédagogie noire, l’enfant est en quelque sorte condamné à refouler la souffrance vécue tout au long de son enfance (à défaut de pouvoir l’exprimer). Or, l’impossibilité pour l’enfant de pouvoir donner à sa souffrance et à sa colère une expression structurée entraîne de graves troubles psychiques.

Alice Miller précise d’ailleurs que « les névroses et les psychoses ne sont pas les conséquences directes de frustrations réelles mais l’expression du refoulement du traumatisme. », page 27.
C’est donc le renoncement à vivre et exprimer sa souffrance qui va empêcher l’intériorisation des sentiments de colère, de haine, qui devront pourtant nécessairement s’exprimer de manière détournée à l’âge adulte.

En effet, si l’enfant (que l’adulte a été) n’est pas parvenu à surmonter le mépris qui lui était infligé, il le perpétue dans sa vie d’adulte.

L’auteur démontre précisément comment cette souffrance va s’exprimer :

            - en répercutant sa violence sur ses propres enfants : « Les motivations des coups sont restées les mêmes : les parents luttent pour obtenir sur leurs enfants le pouvoir qu’ils ont dû eux-mêmes abdiquer auprès de leurs propres parents. La menace qu’ils ont sentie peser sur eux dans les premières années de leur vie et dont ils ne peuvent se souvenir, ils la vivent pour la première fois avec leurs propres enfants, et c’est seulement alors, devant de plus faibles qu’eux, qu’ils se défendent souvent très puissamment.», page 29.

Ainsi, dans la mesure où la racine de la violence dans l’éducation de l’enfant renvoie l’adulte à sa propre histoire, il semble tout à fait admis dans notre société de parler  du bénéfice et même de la nécessité des châtiments corporels en tant que principe d’éducation basé sur « l’enseignement du bien ».
            - en reportant sa haine sur autrui : « Un sujet qui peut comprendre sa colère comme faisant partie intégrante de lui-même ne devient pas violent. Il n’éprouve le besoin de frapper l’autre que dans la mesure où précisément il ne peut pas comprendre sa fureur, parce qu’il n’a pas pu se familiariser avec ce sentiment dans la petite enfance, qu’il n’a jamais pu le vivre comme faisant partie de lui même; parce que c’était totalement impensable dans son environnement. », page 84.

Alice Miller fait ici un parallèle avec les terroristes allemands de ces dernières années (dont 60 % sont issus de familles de pasteurs), élevés dans les valeurs de la religion au nom de laquelle on n’hésitait pas à employer la manière forte...

L’auteur explique à ce sujet, que leur comportement violent d’adulte ne fait que révéler à la fois « le côté réprimé et non vécu de leur propre enfance » dans la mesure où ils ne parviennent pas à maîtriser ces sentiments refoulés, mais également « le côté réprimé et non vécu de leurs parents », puisque dans leurs actes de terrorisme ils ne font que reproduire la violence de leurs parents, également au nom d’une idéologie.
« Ces êtres intelligents et souvent de sensibilités très diverses, sacrifiés jadis sur l’autel d’une morale supérieure, se sont eux-mêmes sacrifiés, une fois adultes, à une autre idéologie (souvent radicalement opposée) par laquelle ils se sont laissés dominer jusqu’au plus profond d’eux-mêmes, comme s’ils s’étaient laissés entièrement dominer jadis dans leur enfance. C’est la tragique et impitoyable loi de la compulsion de répétition de l’inconscient », page 85.

Dans le souci d’approfondir le lien existant entre la capacité de l’adulte à se soumettre et la pédagogie noire, Alice Miller se penche sur l’enthousiasme suscité par Hitler en Allemagne (tant au niveau de la population qu’à celui des exécutants).

Pour ce faire, elle resitue le contexte de l’époque, empreint de pédagogie noire, et s’appuie sur l’exemple de trois responsables nazis de la seconde guerre mondiale, qui ont tous reçu une éducation sévère prônant la soumission de l’enfant à l’autorité stricte de l’adulte: Adolf Eichmann,  Rudolf Höss et Heinrich Himmler.

Alice Miller analyse ici comment ces hommes « qui n’avaient pu développer en eux-mêmes que la seule aptitude à obéir aux ordres qui leur étaient donnés », ont pu trouver en Adolf Hitler, dans leur nostalgie de soumission, « un substitut de cette figure du père sans laquelle ils étaient incapables de vivre ». Hermann Goering : « Je n’obéis qu’à Hitler et au Bon Dieu  ».[3]

A travers ces divers témoignages, elle repère comment ces adultes qui constituaient la société allemande du milieu du siècle, ont retrouvé leur position d’enfant soumis à la suggestion de la parole du père qui est grand, aimé et admiré. Elle évoque ici leur incapacité à s’extraire de ce rapport de soumission, du fait qu’ils se soient rendus aussi dépendants de quelqu’un qu’ils l’étaient de leurs parents.

A partir de là, la seule issue ne pouvait être que l’éducation de leurs propres enfants, qui leur permettait de se sentir investi d’un certain pouvoir (en les privant à leur tour de liberté); on retrouve  bien ici la compulsion de répétition.

D’un point de vue plus théorique, et toujours à partir des personnalités responsables et témoins de l’holocauste, Alice Miller dégage ensuite les deux mécanismes mis en œuvre dans la pédagogie noire : la dissociation et la projection.

«Il s’agissait d’hommes et de femmes qui ne pouvaient pas être arrêtés par leurs propres sentiments, parce qu’ils avaient été éduqués dès le berceau à ne pas ressentir leurs propres émotions mais à vivre les désirs de leurs parents comme les leurs propres. Enfants, ils avaient été fiers d’être durs et de ne pas pleurer, d’accomplir avec joie toutes leurs tâches, de ne pas avoir peur, autrement dit, dans le fond : de ne pas avoir de vie intérieure. », p.101

            Þ La dissociation (ou dédoublement).
La pédagogie noire implique en effet de réprimer à l’intérieur du moi toute forme de sentiments, ressentis et émotions significatifs de la relative faiblesse du genre humain...

            Þ La projection.
Alice Miller explique en effet que pour « faciliter cette lutte contre tout ce qu’il y a d’humain à
l’intérieur du moi », il faut que le sujet puisse se fournir un objet qui constituerait un support de toutes ces réactions indésirables. En somme, l’idéologie doit offrir au groupe qui s’en réclame, un  bouc émissaire extérieur.

En l’occurrence, « un prétendu Aryen pouvait se sentir pur, fort et bon [...] au clair avec lui-même et moralement irréprochable [...] à partir du moment où tout ce qu’il redoutait au plus profond de lui-même depuis son enfance était attribué aux juifs, et où l’on pouvait et devait mener contre eux une lutte collective inexorable et toujours renouvelée. »

A partir de ces mécanismes, l’auteur revient aux conséquences de la pédagogie noire dans le phénomène de l’holocauste. Elle voit ainsi dans le génocide du peuple juif, et plus particulièrement des enfants juifs, un exutoire du peuple allemand à sa haine de la petite enfance. Alice Miller parle ici de « reproduction inévitable du meurtre de leur propre existence d’enfants », page 107.

En guise de conclusion de cette première grande partie, Alice Miller expose sa conviction de la nocivité de l’éducation, en rappelant que « les principes de la pédagogie noire sous-tendent toute la pédagogie, si bien voilés qu’ils puissent être aujourd’hui. », page 117.
Il lui semble ici nécessaire pour mieux responsabiliser le lecteur de le ramener à la situation actuelle.

Elle achève donc ce premier chapitre en énonçant sa position résolument antipédagogique, et en donnant une définition assez pessimiste de l’éducation : «Je n’y vois qu’une défense des adultes, une manipulation pour échapper à leur propre insécurité et à leur propre absence de liberté. »

L’éducation semble ainsi impliquer, d’après l’auteur, la satisfaction de besoins négatifs de l’adulte, (et non ceux de l’enfant comme elle pourrait le laisser croire):

            - Besoin inconscient de reporter sur un autre les humiliations que l’on a soi même subies dans le passé.
            - Besoin de trouver un exutoire aux affects refoulés.
            - Besoin de posséder un objet vivant disponible et manipulable.
            - Besoin de préserver l’idéalisation de sa propre enfance (la valeur de ses propres principes d’éducation doit confirmer celles des principes parentaux).
            - Peur de la liberté.
            - Peur de la réemergence du refoulé que l’on retrouve chez son propre enfant (qu’il faut à nouveau combattre chez lui, après l’avoir tué en soi).
            - Vengeance pour les souffrances endurcies.

L’auteur considère en effet que l’enfant a besoin pour son développement, de respect de sa personne et de ses droits, de tolérance pour ses sentiments, de sensibilité et de personnalités parentales authentiques.

Elle entend par authentique, une personnalité capable d’entendre des reproches que l’enfant formulerait à son égard, qui saurait assurer l’enfant de l’amour qu’elle lui porte, enfin, qui considérerait l’enfant comme une personne à part entière, animée de désirs propres, susceptibles d’être entendus et satisfaits : « Conviction que toute pédagogie devenait superflue dès lors que l’enfant avait pu voir auprès de lui dans son enfance une personne stable, qu’il ne devait pas craindre de perdre, par qui il n’avait pas à craindre d’être abandonné s’il exprimait ce qu’il ressentait », page 313.

L’enfant, libéré de cette angoisse de perte d’amour, saurait ainsi se construire harmonieusement sans rapport de soumission à l’éducateur : «  C’est donc la propre liberté (et non des considérations éducatives) qui impose des limites naturelles à l’enfant. ».

II - Le dernier acte du drame muet :

le monde reste épouvanté.


Après avoir démontré dans la première partie, d’un point de vue structurel, comment la violence de l’éducation pouvait se transmettre et ainsi amener l’enfant maltraité à maltraiter lui-même, humilié à humilier, etc..., Alice Miller illustre ici son propos en s’appuyant sur l’analyse de l’enfance violente de trois personnalités résolument déstructurées.
Elle va donc, pour chacun d’entre eux, approfondir l’origine de leur souffrance, son refoulement et enfin l’objet choisi pour s’exprimer.

A - Christiane F.


Le premier cas abordé par l’auteur est celui de Christiane F., jeune toxicomane allemande qui a relaté son histoire dans son célèbre livre témoignage.[4]

Ainsi, après avoir longuement réfléchi dans la première partie sur la répression des sentiments de la petite enfance, ordonnée par les principes de la pédagogie noire, Alice Miller s’attarde ici sur ce qu’il en est au moment de l’adolescence.

L’auteur explique en effet que l’adolescent est confronté à une situation conflictuelle puisque au moment de la puberté, il doit faire face à « l’intensité de ses véritables sentiments » qui sont des plus exaltés, mais il est toujours soumis à la répression opposée par ses parents d’une part et la société d’autre part. Alice Miller parle de « Nostalgie du moi véritable », comme caractéristique de cette période, page 132.

L’adolescent doit donc parvenir à se situer entre le besoin d’accéder à son moi profond afin de se révéler sa propre identité, et le poids de l’autorité parentale.

La toxicomanie peut ici constituer, selon l’auteur, un certain compromis entre ces deux exigences ; celle de s’adapter à la société et à la volonté de ses parents (en réprimant ses sentiments profonds), tout en tentant d’avoir accès à un « faux moi » d’une manière détournée (en l’occurrence par la prise régulière de produits).

La toxicomanie intervient donc comme un moyen  parallèle de se construire et d’accéder  à un moi totalement illusoire mais au combien rassurant pour l’adolescent : « De la même manière que les parents réglementaient par les châtiments corporels les réactions émotionnelles de l’enfant en fonction de leurs propres besoins, à douze ans, l’enfant s’efforce de manipuler ses propres émotions à l’aide de la drogue ».

De même, l’état de dépendance au produit en tant que telle fait inévitablement écho avec la dépendance psychique de l’individu lors de son enfance. Dans ce mécanisme de déplacement de la dépendance, la répétition est déjà présente ; « La vie sous l’emprise d’une obsession destructrice est la seule forme de vie que le toxicomane n’ait jamais connue. »

L’objet de destruction  visé dans le processus de répétition est donc le toxicomane lui-même (démarche d’autodestruction).

Au travers des textes de Christiane. F, l’auteur dégage ensuite une des idées principales du livre concernant l’appréhension par l’adulte de la souffrance de l’enfant. Elle explique en effet que les conceptions légitimant les violences parentales (telles que : « dans le temps on faisait comme ça », « c’est pour leur bien »,...etc), ne font finalement que témoigner de la certaine insensibilité de l’adulte à l’égard de la souffrance de l’enfant.
Alice Miller justifie cette attitude par le fait que l’adulte qui à lui-même subi ces mauvais traitements idéalise souvent sa propre enfance. Ainsi, même s’il est en capacité de se souvenir des actes de violence subis, il ne pourra  pour autant pas se remémorer les sentiments alors éprouvés, puisque réprimés.

L’adulte n’a donc pas accès à son propre vécu d’enfant blessé, faible et en souffrance d’hier. En fait, il n’a pas intégré cette partie de lui-même à son moi, et c’est cette souffrance refoulée qui empêche la sensibilité de l’adulte aux souffrances des autres.

C’est notamment cet aspect particulier de l’adulte ayant subi des mauvais traitements dans son enfance qui va le pousser vers la satisfaction de ce besoin compulsionnel de répéter  sa propre histoire ( concept d’identification à l’agresseur).

Un adulte maltraitant l’est  donc souvent du fait qu’il a lui même été victime de maltraitance et qu’il n’a pas pu se défendre, « et les choses doivent nécessairement se reproduire ainsi tant que l’histoire de leur propre enfance demeure idéalisée. », page 127.


B - Adolf Hitler

« Ma pédagogie est dure. Il faut éliminer la faiblesse [...] Je veux une jeunesse violente, courageuse et cruelle. Il faut qu’elle sache endurer la souffrance. Elle ne doit rien avoir de faible ni de tendre. ». Adolf Hitler.

A la lecture de ces courtes phrases, il est relativement aisé de faire le lien entre cette conception de l’éducation et les principes de la pédagogie noire développés par Alice Miller dans sa première partie, qui va trouver ici une illustration des plus concrètes.

Ce deuxième cas qu’elle décide d’approfondir soulevant nécessairement de nombreux affects chez le lecteur, Alice Miller justifie son choix dès le début de cette partie. En effet, elle fait part de ses motivations au lecteur d’étudier la genèse d’une haine qui fit des millions de victimes, en allant plus loin que l’application de la seule théorie des pulsions de mort.

A partir d’ouvrages de différents auteurs, historiens ou biographes, et des écrits d’Hitler lui-même, Alice Miller retrace l’histoire familiale du sujet, dont je vais reprendre les points principaux;

            - On apprend ainsi que le père d’Hitler, enfant illégitime dont la paternité n’a jamais été clairement déterminée, était peut-être d’origine juive (de par ce père x).
Alice Miller émet à ce sujet l’hypothèse d’un conflit émotionnel important, qui, chez le père d’Hitler serait à l’origine de son trouble intérieur et des répercussions sur ses enfants.
Il s’agirait alors d’un besoin compulsif du père de reporter ainsi sur ses enfants la colère éveillée en lui par les humiliations subies dans sa propre enfance.
Adolf Hitler, dès sa plus tendre enfance semble donc avoir fait l’objet de violences  physiques extrêmes, d’humiliations fréquentes et d’autres châtiments maltraitants.

            - La structure de la famille est de type totalitaire; où l’autorité du père est incontestée, avec soumission de la mère et des enfants à sa volonté, ses humeurs...

            - La  mère a quant à elle autorité sur l’entretien de la maison et en l’absence du père, sur les enfants qui ont eux-mêmes autorité sur les plus jeunes d’entre eux en l’absence des parents.

On remarque ici une quasi-hiérarchisation de l’autorité au sein de la famille, qui permet à chacun des membres d’assouvir son désir de vengeance des humiliations subies, sur un plus faible que soi.
Cette construction se retrouve d’ailleurs dans l’organisation du Troisième Reich...

En s’appuyant ainsi sur l’enfance d’Hitler, Alice Miller contredit la thèse selon laquelle ce serait à l’âge adulte qu’il aurait commencé à haïr son père, en apprenant que celui-ci était peut-être d’origine juive.
Cette question de la haine du père semble décisive pour l’auteur dans son analyse du comportement politique et « humain » d’Adolf Hitler. Elle pense ainsi qu’« une pareille haine a nécessairement des racines profondes dans l’obscurité du vécu de l’enfance », page 183.

Ainsi, développe-t-elle l’idée d’une haine du père fondée dans l’enfance et qui « aurait trouvé chez Adolf Hitler un exutoire dans la haine des juifs », page 183. L’auteur a déjà abordé cette question dans la première partie de l’ouvrage où elle décrit le mécanisme psychique de projection mis en œuvre par le sujet dont la souffrance a été violemment réprimée.

Cependant, au-delà de sa haine personnelle du père (et par la même du peuple juif), Hitler a cependant su « transférer son propre traumatisme familial à l’ensemble du peuple allemand », en communiquant sa haine de l’autre à une masse d’hommes considérable.

Alice Miller revient ici sur la personnalité d’Hitler en tant que figure de père, qui peut asseoir son autorité là où il est attendu ; on retrouve d’ailleurs ici un déplacement de la dépendance psychique à l’autorité de ses parents, à la dépendance au « Führer » qui seul sait ce qui est bon pour eux (comme on avait pu le voir avec Christiane F, dans la dépendance au produit).

Ainsi, cette figure du père qui désigne l’ennemi à combattre, soulage en quelque sorte un peuple entier de tous ses sentiments de violence réprimés depuis si longtemps, qui peuvent enfin s’exprimer librement dans la cruauté et la violence des actes commis pendant cette période du Troisième Reich.

La guerre devient alors une possibilité pour l’adolescent et le jeune adulte de réactiver la haine refoulée de la petite enfance, en offrant « une image concrète d’un ennemi qu’ils ont alors toute liberté de haïr ».

Enfin, à partir de nombreux parallèles entre l’enfance d’Hitler (son environnement familial), et son action politique (la persécution du peuple juif en particulier), Alice Miller démontre comment il a, d’un point de vue psychanalytique, rectifié son passé dans ses fantasmes en :
       - se vengeant de son père (devenu suspect comme demi-juif),
       - libérant sa mère de la persécution (comme l’Allemagne du peuple juif),
       - obtenant l’amour de la mère (comme l’adoration de l’Allemagne entière),
       - inversant les rôles (c’était désormais lui le dictateur, à qui on devait obéir),
       - persécutant lui-même la part de faiblesse de l’enfant qu’il a été (en  projetant cette faiblesse sur ses victimes).

C - Jürgen Bartsch


Dans ce dernier cas, Alice Miller entend retrouver à partir de ses actes criminels, des caractéristiques de l’enfance vécue par Jürgen Bartsch, qui né en 1946, a commis entre 16 et 20 ans quatre infanticides  « d’une indescriptible cruauté », et une centaine de tentatives qui n’ont pas abouties.

L’auteur rappelle que ces événements ont soulevé l’horreur et l’indignation  de l’opinion publique d’autant plus que ni son enfance, ni son histoire ne semblaient a priori présenter de difficultés particulières. Ainsi, fallait-il nécessairement que « cet enfant fût né anormal », on ne voyait pas d’autre explication.

Alice Miller s’attache ensuite dans cette partie à montrer comment les principes de la pédagogie noire peuvent conduire à utiliser une certaine forme de mise en scène à l’âge adulte qui permet d’exprimer les souffrances subies dans l’enfance. Ainsi, au travers des détails des meurtres commis par Jürgen Bartsch (que je ne relaterais pas ici), elle parvient à dégager des « clés de la compréhension du meurtre psychologique subi dans l’enfance », page 265.

L’auteur vérifie de nouveau les conditions de répression des sentiments de l’enfant, d’isolement psychologique (puisqu’il est seul avec sa souffrance), et d’impossibilité pour lui de haïr son bourreau (ce qui lui vaudrait de  perdre l’amour de ses parents), qui le conduiront ultérieurement à « abréagir » sa haine refoulée, sur un autre objet.


D - Conclusion

A partir de ces trois histoires pour le moins sordides et complexes, Alice Miller est donc parvenue à démontrer les effets pervers et destructeurs de l’éducation.

Ainsi, ce n’est pas tant la souffrance liée à la frustration qui crée le trouble psychique chez l’enfant, mais l’interdiction de cette souffrance (que l’enfant s’impose pour l’amour de ses parents). Accumulés, ces sentiments vont à l’âge adulte nécessairement conduire à la recherche d’un exutoire pour s’exprimer qui se révélera être une conduite destructrice, à savoir la persécution de ses propres enfants, la toxicomanie, la criminalité ou encore le suicide.

La destruction (de l’autre ou de soi même) intervient donc comme un moyen de décharge de la haine accumulée et refoulée pendant l’enfance au nom du grand principe de la pédagogie noire selon lequel tous les sentiments doivent être réprimés.

Ainsi, pour témoigner de la cruauté que l’on a subie, faudrait-il à son tour faire preuve de cruauté, soit à son encontre (démarche d’autodestruction comme Christiane F), soit en se cherchant des victimes (destruction de l’autre comme Hitler et Bartsch).

Ces actes de violence répondent donc au besoin compulsionnel d’exprimer au monde la souffrance vécue. A défaut de pouvoir l’exprimer par la parole, « ils ne pouvaient communiquer leur expérience que sous la forme de mises en scène inconscientes ».
Selon l’auteur, toutes ces mises en scène hurlent leur besoin de compréhension  même si en raison de leur objet elles donnent lieu à toutes les réactions sauf à la compréhension.

La haine est donc un sentiment normal, humain, et la possibilité de pouvoir la vivre permet d’intérioriser ses parents, son enfance et de parvenir à vivre avec ses sentiments. A défaut, le sujet semble condamné à vivre avec ses fantasmes de destructivité qu’il dirigera contre lui-même ou contre ses propres enfants.

L’auteur voit dans l’analyse un moyen permettant de vivre cette colère de la petite enfance et ainsi de faire disparaître les symptômes, mais également de remettre en question les convictions et pratiques pédagogiques héritées de leurs parents.

Si l’analyse est le lieu où peuvent s’exprimer les sentiments de colère réprimés depuis l’enfance, alors ce travail qui permet la démarche de deuil, permet aussi de rompre le cercle vicieux de la répétition : « Lorsqu’on peut parvenir à éprouver le deuil, on éprouve aussi le deuil du rôle de victime de ses propres parents, et l’on a plus besoin de persécuter ses enfants ».

Puisque pour combattre la compulsion de répétition, il faut pouvoir faire le deuil des souffrances de la petite enfance, la parole authentique doit être l’outil privilégié de l’éducateur :
« C’est pourquoi je pense que pouvoir exprimer des reproches contre ses propres parents est une chance : elle permet d’accéder à la vérité de soi-même, permet le dégel de l’affectivité, le deuil et même, dans le meilleur des cas, la réconciliation ».

Cependant, Alice Miller reste très pessimiste dans son appréhension de l’éducation, qu’elle réduit à une question de pouvoir, de manipulation et de conditionnement qui aurait pour fonction d’empêcher l’émergence des propres sentiments d’impuissance de l’éducateur.

Elle justifie d’ailleurs sa réflexion comme une volonté de « démasquer les effets dévastateurs de l’exercice du pouvoir déguisé sous le nom d’éducation ».

Alice Miller met donc en garde le lecteur en rappelant qu’au nom de l’éducation, « d’innombrables meurtres psychiques sont perpétrés tous les jours sur des enfants et que la société devra en subir les conséquences », page 277.

Il est donc illusoire de croire que ces principes appartiennent à une époque désormais révolue. L’auteur le rappelle en énonçant une série de « faits divers » ayant eu lieu en l’espace d’un mois dans un canton d’Allemagne, et constituant de graves châtiments corporels. De même, elle cite un document publié par un organisme allemand luttant contre la maltraitance, qui recense les différentes formes de châtiments encore utilisés aujourd’hui.

Cependant, ces situations sont encore trop souvent négligées ou passées sous silence, ce qui ne fait qu’alimenter le processus de répression intérieure de la souffrance de ces enfants, et ainsi, favoriser son expression par des actes compulsifs de répétition.

Afin de responsabiliser le lecteur, l’auteur insiste donc ici sur la nécessité de s’interroger quant aux conséquences de ce processus de répétition pour la société à deux niveaux :

       - l’éducation peut amener un homme à commettre les pires crimes en réponse à la haine accumulée et non intégrée dans son enfance...

       - ... et amener une masse d’hommes à le suivre, pour satisfaire leur propre besoin de vengeance au travers de cette figure de père autoritaire mais au combien adorée.

A partir de là, nous pouvons donc tous être victimes de l’enfant maltraité.

Par cette proposition de prise de conscience, Alice Miller appelle à ce que l’opinion publique « n’accepte plus que soient dissimulés les mauvais traitements au service de l’éducation », qui est ainsi conçue non pas tant pour le bien de l’enfant que pour satisfaire les besoins de puissance et de vengeance de l’éducateur.



Critique personnelle

« Un livre à mettre d’urgence entre toutes les mains », voilà le commentaire qu’on peut lire au dos de cet ouvrage, et qui me semble traduire exactement l’avis que je vais défendre dans cette partie critique.

Ainsi, j’ai pu comprendre au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture, que loin de ne s’adresser qu’aux seuls professionnels de l’éducation, cet ouvrage concernait potentiellement chaque individu à un niveau différent (peut-être en tant que parent et certainement en tant qu’enfant).

En effet, Alice Miller exprime à plusieurs reprises sa volonté d’impliquer le lecteur, ce qui en  rend la lecture que plus difficile... Il est vrai que les différentes idées défendues par l’auteur  nous invitent à remettre en question à la fois notre propre pratique éducative mais aussi l’éducation que nous avons reçue dans notre propre enfance...

Pourtant, le livre est construit d’une telle façon que je ne me suis pas nécessairement senti impliqué dès le départ (l’auteur part des pratiques qui était celles du XIX° siècle, de plus décrites dans des manuels d’éducation rédigés par des auteurs allemands), et même si les situations décrites et leurs conséquences  ne se lisent pas sans susciter l’indignation et la révolte, elles semblaient bien ne plus appartenir à notre époque.

Très vite, le lecteur est amené à se défaire de ces « illusions » en plongeant dans l’explication des différentes formes de violence éducative qui vont au-delà de la « seule » maltraitance physique.

Ainsi, l’auteur insiste à la fois sur le fait que ce qu’elle dénonce est toujours d’actualité dans notre société pourtant soucieuse de la défense des Droits de l’enfant, et sur le caractère maltraitant et destructeur des manipulations psychologiques (humiliation, ignorance de l’enfant en tant que personne, dévalorisation...), qui sont a priori moins visibles et qui doivent donc susciter une certaine vigilance de l’éducateur.
Malgré son ton très psychanalytique, l’auteur parvient aisément à transmettre ses idées qui me semblent s’adresser au lecteur à deux niveaux.

Au lecteur  témoin de son époque à qui elle parle de la maltraitance.
Alice Miller tente par exemple de combattre chez le lecteur, l’attitude visant à condamner l’adulte maltraitant par une démonstration des conséquences de la violence éducative et l’explication simple de la compulsion de répétition.
Cette partie qui constitue l’essentiel de l’ouvrage m’a réellement intéressé tant par son contenu théorique clairement développé par l’auteur, que par l’analyse à la fois pudique et agressante des trois histoires d’éducation répressive.

En effet, confronté à la description de la souffrance de l’enfant victime, on ne peut que dépasser le stade des a priori et des idées reçues quant à cette violence réprimée qui ne cherche qu’à s’exprimer à l’âge l’adulte. Loin de vouloir excuser ces actes difficilement supportables, il est certain que la connaissance des mécanismes psychiques mis en œuvre amène à une certaine compréhension des comportements.

D’un point de vue professionnel, ce point me paraît essentiel pour l’éducateur spécialisé, qui, dans sa pratique quotidienne doit à la fois s’efforcer de comprendre (et non de juger) les personnes en souffrance afin de pouvoir les aider au mieux, mais surtout de s’intéresser à la personne en tant que telle, plutôt que de la réduire au délit ou au crime qu’elle aurait commis.

D’un point de vue plus personnel, je dois avouer que j’ai cependant ressenti une grande difficulté dans l’appréhension de l’enfance d’Adolf Hitler. En effet, pendant la lecture de ces passages certes pleins de souffrance pour l’enfant qu’il a été, je n’ai pu m’empêcher de faire référence aux lourdes représentations et images inhérentes à la seule lecture de son nom, et de me demander si même avec une enfance douce, il ne serait pas devenu ... ce qu’il a été.
A ce sujet, je pense que l’éducateur doit se situer entre ces deux niveaux, qui pour l’un impose (le devoir de compréhension en tant que professionnel), et pour l’autre permet (le droit de porter un jugement en tant que personne).

A l’éducateur au sens large à qui elle expose sa vision de l’éducation.
Par sa dénonciation de l’éducation en tant qu’exercice d’un certain pouvoir, Alice Miller nous pousse à interroger notre propre pratique qu’elle considère comme moyen de conditionnement et d’aliénation de l’autre, et source de souffrance pour l’enfant.

Au sujet de l’éducation de ses propres enfants, je crois à la nécessité des règles et du cadre dans l’accompagnement de l’enfant vers...l’autonomie. Il est bien évident que les pratiques décrites dans la première partie sont inacceptables, et il ne me semble pas que tous les principes pédagogiques présentent ces dangers.

Je pense ainsi que la conception de l’auteur est très pessimiste, même si elle soulève des points importants, tels que le désir  et la  liberté. A ce niveau, je la rejoins tout à fait dans l’importance qu’elle confère à ces notions qui permettent un espace d’expérimentation qui lui aussi aide l’enfant dans sa construction et sa maturation.

C’est à mon avis, le jeu de la liberté et de la règle qui confère au cadre tant sa souplesse que sa stabilité.

L’enfant ne peut exprimer ses sentiments que dans ce cadre sécurisant, où il est assuré de la qualité de l’écoute, et de « l’authenticité » des personnes qui l’entourent.
J’ai notamment pu vérifier cette idée lors de mon premier stage de découverte en pédopsychiatrie où j’ai compris l’importance de la verbalisation de l’adulte (et/ou de l’enfant) des situations qu’il rencontre et plus particulièrement de sa souffrance.

A un niveau professionnel, l’auteur amène l’adulte à réfléchir quant à sa propre position dans ses relations à l’autre (éduqué ou personne en demande d’aide). Il me semble que l’éducateur se doit au quotidien d’être vigilant notamment dans la construction d’un projet, dans son suivi, pour ne pas substituer sa propre demande à celle de l’autre.
En aucun cas, il ne peut s’autoriser à désirer pour l’autre, ce qui reviendrait à asseoir par la relation éducative son propre besoin de pouvoir, de manipulation qui se trouverait légitimé par son action.

Que ce soit du point de vue personnel ou professionnel, la réflexion menée par l’auteur doit nous conduire à interroger, mesurer et évaluer notre propre pratique quant à ce qu’on peut inconsciemment transmettre à l’enfant, et notamment la question du désir. 

C’est aussi cette double implication (personnelle et professionnelle) qui m’a intéressé dans cet ouvrage, que j’ai étudié avec grand plaisir. Cependant, même si le propos m’a réellement passionné, j’ai ressenti le besoin de le lire de façon très découpée, tant certains passages sont particulièrement forts et difficiles.

Dans la préparation et la rédaction de la fiche de lecture, j’ai également rencontré la difficulté de ne m’en tenir qu’à une dizaine de pages, tellement l’auteur aborde de points dans sa démonstration, qui auraient mérités qu’on s’y attarde un peu plus longuement.

En contrepartie de cette légère frustration, la lecture de C’est pour ton bien qui appelle inévitablement à pousser la réflexion, m’aura toutefois donné envie d’aller plus loin et de m’intéresser à d’autres ouvrages d’Alice Miller où elle y approfondit l’étude de la souffrance de la maltraitance et de la répétition ; ces notions m’apparaissant comme nécessaires à tout adulte exerçant la fonction d’éducateur au sens large.



Annexe 1






 Grands principes de la pédagogie noire :


            « - Les adultes sont les maîtres (et non pas les serviteurs) de l’enfant encore dépendant,
            - Ils tranchent du bien et du mal comme des dieux,
            - Leur colère est le produit de leurs propres conflits,
            - Ils en rendent l’enfant responsable,
            - Les parents ont toujours besoin d’être protégés,
            - Les sentiments vifs qu’éprouve l’enfant pour son maître constituent un danger,
            - IL faut le plus tôt possible « ôter à l’enfant sa volonté »,
            - Tout cela doit se faire très tôt de manière à ce que l’enfant « ne s’aperçoive de rien »    et ne puisse pas trahir l’adulte. », page 77.



Moyens de l’oppression du vivant :


« Pièges, mensonges, ruses, dissimulation, manipulation, intimidation, privation d’amour, isolement, méfiance, humiliation, mépris, moquerie, honte, utilisation de la violence jusqu’à la torture... », page 78.



Principes à transmettre aux enfants :


            « - Le sentiment du devoir engendre l’amour,
            - On peut tuer la haine par les interdits,
            - Un sentiment élevé de sa propre valeur est nuisible,
            - Les parents méritent a priori le respect en tant que parents,
            - Les enfants ne méritent a priori aucun respect,
            - L’obéissance rend fort,
            - Un faible sentiment de sa propre valeur conduit à l’amour de ses semblables,
            - Les marques de tendresse sont nuisibles (mièvrerie),
            - Il ne faut pas céder aux besoins de l’enfant,
            - La dureté et la froideur sont une bonne préparation à l’existence,
            - Une reconnaissance simulée vaut mieux qu’une sincère absence de reconnaissance,
            - L’apparence est plus importante que l’être,
            - Les parents ni Dieu ne pourraient supporter la moindre injure,
            - Le corps est quelque chose de sale et de dégoûtant,
            - La vivacité des sentiments est nuisible,
            - Les parents sont des êtres dénués de pulsions et exempts de toute culpabilité,
            - Les parents ont toujours raison. », page 78.



[1] K. Rutschsky, Schwarze Pädagogik, Berlin, 1977, Ullstein.
[2] J. Sulzer, Versuch von der Erziehung und Unterweisung der Kinder ,1748,
cité par K. Rutschky dans Schwarze Pädagogik, Berlin, 1977, Ullstein .
[3] Cité par J. Fest dans Les Maîtres du Troisième Reich, Paris, 1963, Ed. Grasset.
Traduction de Simone Hutin et Maurice Barth.
[4] F. Christiane, Moi, Christiane F., droguée, prostituée..., 1981, Mercure de France.
Témoignages recueillis par Kai Hermann et Horst Rieck, traduction de Léa Marcou.






نموذج الاتصال
NomE-mailMessage